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Université de Lorraine

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Le métier d’étudiant international entre intégration sociale et académique : le cas d’étudiants congolais décrocheurs à l’Université de Strasbourg

Type de soutenance: 
Thèse
Nom: 
MAHOUKOU
Prénom: 
Athanase Franck.
Directeur(s) de thèse: 
Elisabeth Regnault
Equipe: 
Apprentissages, pratiques d’enseignement et d’éducation
Composition du jury: 
  • Catherine Agulhon, Maître de conférences HDR, Université Paris Descartes, rapporteur
  • Stéphane Ahmad Hafez, Professeur d’Université, Université libanaise, Beyrouth (Liban), rapporteur
  • Saeed Paivandi, Professeur d’Université, Université de Lorraine
  • Élisabeth Regnault, Maître de Conférences HDR, Université de Strasbourg, directrice
Résumé: 

Le métier d’étudiant international entre intégration sociale et académique : le cas d’étudiants congolais décrocheurs à l’Université de Strasbourg

Cette thèse en sciences de l’éducation s’inscrit dans la foulée des travaux s’intéressant aux facteurs responsables du décrochage des étudiants internationaux en France, le cas d’étudiants congolais décrocheurs à l’Université de Strasbourg. Elle propose une analyse du métier d’étudiant international, qui vise à croiser, de manière diachronique dans le champ de la pédagogie universitaire, des histoires de vécus d’étudiants congolais, dans des contextes nationaux et universitaires, qui recouvrent, des réalités parfois radicalement différentes d’un étudiant à l’autre et d’un pays à l’autre. La question qui se pose avec force, ici, est celle de l’affiliation des étudiants de la République démocratique du Congo (Kinshasa) et de la République du Congo (Brazzaville) à l’Université de Strasbourg, de leur réussite, de leur échec en rapport aux questions relatives à la sociabilité étudiante et à la construction d’un nouveau rapport aux études pour les uns et d’un réapprentissage du métier d’étudiant pour les autres, ceux qui ont déjà poursuivi des études supérieures dans les deux Congo. Ancienne colonie française, la République du Congo est familièrement appelée Congo Brazza par opposition au Congo Kinshasa ou République démocratique du Congo, ancienne colonie belge. Séparées par le fleuve Congo, ces deux capitales sont distantes de 5 kms. Le niveau de l’enseignement supérieur est défaillant dans les deux pays, leurs histoires politiques récentes sont marquées par l’instabilité chronique et la violence avec des conséquences négatives sur l’enseignement et l’éducation.

La problématique de cette thèse est liée, en partie, à notre travail de mémoire en master II[1].  Nous avons essayé de réaliser, à l’époque, une sorte d’“étude liminaire” poursuivie actuellement en thèse. Nous sommes partis du constat selon lequel beaucoup d’étudiants congolais, qui venaient poursuivre leurs études en France, sortent de l’Université de Strasbourg sans diplômes et peu d’entre eux retournent dans leur pays d’origine. Il s’agit de comprendre ce phénomène et d’essayer de voir comment et pourquoi ils échouent. Pourquoi choisissent-ils, en majorité, de partir en France ? Comment s’y déroulent leurs études et surtout comment réapprennent-ils le métier d’étudiant ? Afin de valider les particularités des étudiants décrocheurs, nous avons créé 4 groupes (15 décrocheurs, 15 diplômés, 10 encore étudiants, 10 néo-bacheliers). Notre échantillon est constitué de 50 personnes avec lesquelles nous avons mené des entretiens semi-directifs. Nous avons établi une liste de variables et de facteurs explicatifs de l’abandon ou de la réussite afin de repérer leurs effets sur l’intégration sociale et académique considérant que ces deux types d’intégration sont liés entre elles : L’échec universitaire de notre public de décrocheurs peut-il s’expliquer par la non-affiliation au métier d’étudiant mis en évidence par Coulon (2005) ? Qu’est-ce qui distingue ceux qui demeureront étudiants de ceux qui échouent ? La motivation du voyage ? La diversité des parcours de départ (L M D ou Campus France) ? Les conditions de vie ? Le type de formation ? Le déficit d’intégration académique ou sociale ? Quel est le poids des caractéristiques sociodémographiques sur leur décision ? Quelles sont les stratégies d’affiliation au monde intellectuel qu’ils mettent en place ?  Pensent-ils retourner au Congo après l’université ? Enfin, quel est le sens de ce "mouvement" vers l’étranger : s'agit-il d'une migration durable laquelle eût signifié une rupture avec le pays d'origine, ou plutôt d'un passage motivé par l'acquisition de diplômes français dont l'issue eût été le retour après l’université ? Telles ont été les interrogations de cette recherche.

Pour cette recherche, nous nous appuyons principalement sur le concept de métier d’étudiant développé par Coulon (2005) qui permet de suivre les modes d’affiliation des étudiants, autour de trois temps : celui de la découverte, de l’apprentissage et enfin la compréhension et la soumission aux règles et donc l’affiliation. Nous complétons cette approche par des figures d’étudiants français dévoilées par Dubet (1994) dans une université de masse où les publics, les carrières et les conditions de vie des étudiants se sont diversifiés et fractionnés, engendrant un éclatement des formes de l'expérience étudiant. Dubet (1994) propose la construction d'une typologie de l'expérience étudiante à travers la combinaison de trois dimensions élémentaires : la nature du projet poursuivi, le degré d'intégration dans la vie universitaire et l'engagement dans une « vocation » intellectuelle. Nous tenons compte des travaux de Felouzis (2001) sur les modes d’apprentissages, dans une institution faible, qui génère de l’incertitude. Nous mettons en avant le caractère volontaire, rationnel de ce choix (Manski, 1989 ; Vincens, 2000). Nous avançons l’hypothèse de rejet de l’institution et de l’importance des processus interactionnels dans l’explication des parcours étudiants ainsi que de l’influence significative de l’intégration sociale sur la persévérance dans les études (Tinto, 1993) et le rôle de filtre social du premier cycle de l’enseignement supérieur (Beaud, 2002). Nous citons également la littérature spécifique sur les étudiants étrangers : Ennafaa et Paivandi (2008) ainsi qu’Agulhon et Angela Brito (2009) sur les étudiants étrangers à Paris.

Des résultats de cette recherche découlent deux constats. Premièrement, la décision de l’étudiant d’interrompre ou de poursuivre ses études ne peut être attribuée à un seul facteur, mais plutôt à un ensemble de facteurs, tels que les caractéristiques d'entrée de l’étudiant (âge, projet personnel, etc..), la gestion par l'étudiant de son nouveau métier (affiliation), les caractéristiques de l’enseignement (Pratiques pédagogiques.). Deuxièmement concernant nos hypothèses de départ : le motif du voyage d’études qui se confond avec le projet d’immigration constitue l’hypothèse la plus vraisemblable de notre recherche. L’influence de ce facteur (projet personnel) est déterminante dans la prise de décision du futur décrocheur et dans une moindre mesure, les difficultés matérielles (logement, conditions de vie). Ce dernier facteur apparait faible sur la réussite académique.  En revanche, avoir connu, au Congo, le système L M D a eu un impact positif, au début de leur parcours, sans pour autant être déterminant, les résultats révèlent, à ce titre, que le système L M D présente des effets positifs sur la probabilité de réussite académique et que la procédure Campus France n’influe pas de manière directe sur les performances des répondants. L’intégration sociale étudiante ne semble pas être un facteur déterminant de la réussite universitaire, car le peu d’interactions socioculturelles de notre public, à l’intérieur de l’université, n’est pas un motif déterminant dans leur parcours d’études et le déficit de sociabilité, à l’université, est compensé par une forte intégration à l’extérieur de l’université notamment dans le réseau africain et congolais.

Enfin, l’originalité de ce travail a été d’intégrer la notion de réapprentissage du métier d’étudiant international et d’intégrer l’effet du processus L M D et Campus France dans l’analyse des parcours universitaire.

La soutenance aura lieu le 28 janvier 2021 à partir de 14h, en distanciel

Date début de thèse: 
Juin 2015
Date de soutenance: 
jeu - 28/01/2021